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Écrire « Le damné de Pennou-Pell » fut une bien belle aventure et un réel plaisir. Son enfantement dura neuf mois au cours desquels, chaque jour, je m'empressais de rejoindre mon héros, skipper d'un trimaran géant, et de m'embarquer à ses côtés dans sa course lointaine et ô combien insensée.
Passionné de voile et las de la navigation routinière à la barre de son super porte-conteneurs entre l'Europe et l'Asie, Samson Le Gonidec, prit une année sabbatique pour réaliser son rêve : ravir le trophée Phileas Fogg, cette course en solitaire à la voile, contre la montre, autour de la planète bleue en doublant les trois caps mythiques. Talentueux et orgueilleux il voulait aussi prouver à ses frères et amis que ce malencontreux manque à virer il y a vingt ans, par sa faute, de la bouée Pennou-Pell lors d'une régate de sinistre mémoire en mer d'Iroise était un faux pas sans gravité. Il y avait prescription. La damnation supposée et imméritée qui le hantait, n'était plus de mise. Ce défi d'écriture me tenaillait depuis toutes ces années passées à contempler la mer sur la passerelle de mon navire câblier. Je savais qu'un jour, à l'heure de la retraite lorsque je raccrocherai à contre-coeur mon sextant, il me faudrait combler le vide de cette mer confisquée en prenant la plume pour m'évader, avide de reprendre le large par le rêve. Il m'importait de faire partager aux lecteurs et lectrices mon amour de la mer et des marins, ce rêve de bonheur absolu, d'évasion et de bonne aventure au cours d'une histoire rocambolesque et joyeuse. L'intention de divertir avec une grande bouffée d'air pur, était noble mais commencer cet exercice par un roman était une gageure dont je n'eus fort heureusement pas conscience, tant cette fiction originale et jubilatoire m'était aisée à conter. Le scénario me vint à l'esprit quelques années auparavant quand au cours d'une pose d'un câble sous-marin, se produisit un incident fort heureusement peu habituel. Je m'étais dit alors que si cette infortune de mer arrivait à un « voileux » en pleine course en solitaire, il aurait bien du souci à se faire pour la suite de son périple circumplanétaire! C'est exactement ce qui arriva à Samson… Après avoir battu un premier record intermédiaire entre l'île d'Ouessant et l'équateur, avalé en moins de six jours et traversé le pot-au-noir sans encombres, il découvrit soudain le pot aux roses ...
Michel Bougeard
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