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Chronique d’un audit ISM


       Ils sont arrivés à quatre au siège de la compagnie de bon matin. Tout était planifié, réglé, écrit. Les audités prêts à répondre mais un peu tendus quand même, en effet, chacun avait connaissance de ses points faibles vis à vis des exigences du code ISM.

       La personne désignée supervisant l’ensemble comme il convient imaginait déjà le domaine des "Non conformités" et autres remarques. Et les "Non conformités" pour des raisons malgré tout fort compréhensibles, il les connaissait.

       Dès la première heure il est apparu que l'audit ne se déroulerait pas comme on pouvait le penser : le fonctionnement réel de la compagnie était mal appréhendé par les auditeurs et leurs propos se situaient dans le cadre d’une inspection et non d’un audit de sécurité. Le métier de base des auditeurs reprenait le dessus, ils inspectaient le siège d’une compagnie de navigation.

       Déjà le planning d’audit interpellait : le code stipule la direction au plus haut niveau, et ce niveau de direction n'a pas été audité ni visité par les auditeurs.

Deux directeurs étaient audités conjointement :

       Le temps imparti est atteint et même dépassé et tout le monde se sépare avec force politesses et civilités sans vraiment avoir échangé au niveau directorial sur la sécurité, sa gestion et les moyens que la compagnie met en œuvre pour l’améliorer.

L’audit de la Personne Désignée a constitué un temps fort du programme.

Il se créé une émulation entre les auditeurs et il faut à la Personne Désignée beaucoup de maîtrise et de patience pour répondre avec courtoisie aux questions qui fusent et souvent reflètent la méconnaissance du métier. Le temps imparti est dépassé … Pause déjeuner.

       Reprise en début d’après-midi avec le Service Technique. C’est un directeur qui a de l’expérience et a déjà subi audits, inspections, vettings en quantité.

La journée se termine après une nouvelle audition de la personne désignée : beaucoup de prises de notes et de questions qui en fait seraient plutôt destinées aux directeurs de département. En revanche certains points fondamentaux du S.G.S. sont ignorés, pourquoi ? propos gênants ?, trop techniques ?, crainte de découvrir des questions qui fâchent la haute direction ?

       Le lendemain les personnels de l’armement et d’autres services sont audités. Les questions sont un peu plus pertinentes et montrent qu’une connaissance relative du fonctionnement de la compagnie a été perçue la veille. Mais dans l’ensemble le personnel est déçu, il s’attend à avoir en face de lui des professionnels compétents, ayant les idées claires sur l’organisation d’un armement.

       Le personnel attend de bonnes questions : il espère que dysfonctionnements et anomalies soient mis en exergue. Ce n’est pas le cas. Il y a une perte de crédibilité des auditeurs, de la part des audités, qui s'étendent sur des détails et provoquent, dans leur recherche forcenée de l’écart, la déstabilisation de la personne.

       Au cours de cette deuxième journée l’audit d’un chef de service a été le point d’orgue de ces journées en matière de manœuvre – pour ne pas écrire manipulation - des auditeurs et ce avec, quelque part, leur complicité.

Fin du temps imparti , merci… et bravo !

       Lors de l’audit des personnes demandaient, sincèrement, ce que les auditeurs voulaient exactement tant les questions étaient vagues. Puis est venu le moment de réunion des auditeurs qui a duré quelques 2 heures quand même.

La restitution s’est faite en fin de journée avec les inévitables remerciements conventionnels et les amabilités de rigueur. Le résultat est dans l’absolu tout à fait honorable et l’attestation est renouvelée pour un an, cachet de l’administration, au revoir et merci.

       Après ces 2 jours d’audit, on ne peut être que déçu par ceux qui sont censés nous contrôler. La sécurité, la vraie, la concrète celle de tous les jours, celle que l’on doit apprendre, répéter au pont comme à la machine, a t-elle progressé chez nos dirigeants ? Les auditeurs, qui en fait sont des inspecteurs, ne maîtrisent ni la philosophie de l’ISM ni l’audit et sont complètement désarçonnés devant des directeurs sûrs d’eux.

       Par ailleurs le fait d'avoir des auditeurs jeunes qui n’ont jamais, ou peu navigué, constitue un facteur aggravant.

       Le résultat de l’audit se bornait comme on pouvait s’en douter à des observations classiques : les dates, les validations, les signatures, la procédure imprécise…. alors que des N.C. importantes étaient bizarrement passées sous silence.

       L’audit, surtout l’audit terre, n’est pas une visite annuelle telle qu’on la pratique à bord.On parle ici de gestion de sécurité à l’armateur, à ses représentants "au plus haut niveau", à des décideurs. Il faut évidemment parler de coûts, de budgets, de plannings etc…

       Il convient donc d’être professionnel et déterminé quelle que soit la qualité et le niveau hiérarchique de l’audité.

       La seule question qui vaille : "Où en êtes-vous Monsieur, à votre niveau avec la sécurité, avec l’ISM ?" n’a malheureusement jamais été posée en ces termes simples au cours de l’audit terre.

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